RECHERCHE ECONOMIQUE
" HORS LILLE, POINT DE SALUT…? "
Souvent l'on oppose la métropole lilloise aux restes de la Région. "Restes" signifiant ici les secteurs géographiques mais surtout économiques autres que ceux de Lille-Roubaix-Tourcoing et consoeurs. Si on lit les textes, si on écoute les discours, si on suit les enquêtes des uns et des autres, il est clair qu'il existe un différent entre la capitale régionale et les autres entités territoriales qui composent également la Région Nord/Pas de Calais.
Pour les uns, hommes politiques (de tous bords), hommes d'affaires voire certains intellectuels: Lille est le moteur de la renaissance régionale. Pour les autres, hommes politiques (de tous bords), hommes d'affaires (il en existe ailleurs que dans la Métropole) et l'ensemble des intellectuels: la Région peut se suffire à elle-même sans jacobinisme régionale.
Si Lille rayonne sur sa région, le littoral comme l'extrême sud, sur la Belgique, c'est du, pour ses défenseurs, à son attrait de capitale régionale, à son poids économique. Elle est attractive de par son commerce, sa prospérité (toute relative certes) bien présente, et en ce qui concerne la Belgique en général et la Wallonie en particulier, cette amitié ancestrale qui découle d'une longue histoire partagée, subie en commun. Mais aussi Lille se situe sur des axes de communications, de transports et d'échanges internationaux importants dans le contexte européen.
Il est vrai que Lille dispose d'outils de communication importants: le TGV Nord, les axes autoroutiers, les communications marketing et virtuelles. Lille regroupe près de 80 % des services de la Région: agences marketing ou publicitaires, monde de l'imprimerie, communication audiovisuelle, sociétés créatrices ou formatrices en besoins Internet. La VPC n'est pas en reste non plus puisque la Métropole en est son berceau. Elle en a profité et en profite toujours encore tant dans le domaine des recettes fiscales
(entre autres) que du domaine de l'emploi.
Lille dispose également d'un formidable creuset de jeunes scientifiques, universitaires ou issus de "grandes écoles" (comme cela se dit). Quatre universités de haut niveau, des écoles spécialisées réputées, un Institut Pasteur de renommée mondiale: bref tout un monde de recherche qui a permis des avancées technologiques voire des découvertes accentuant le développement et le renouveau rapide industriel des "Trois-petits-cochons" (Lille-Roubaix-Tourcoing) face au "Grand-méchant-Loup" de la concurrence mondiale.
Et que reste-t'il pour l'Odaumarois, le Boulonnais, la Flandre, l'Artois, le Cambrésis, le Valenciennois et l'Avesnois ? Ils se partagent le secteur primaire et secondaire, tous deux bien mal en point depuis plus de vingt ans, sans espoirs d'améliorations bien au contraire puisque des secteurs économiques entiers sombrent ou stoppent leur activité (sidérurgie pour les premiers, mines pour les seconds).
Si l'on s'en tient à l'Avesnois, doit-on être d'accord avec la Chambre de Commerce qui par l'intermédiaire de ses élus considèrent que la région d'Avesnes (Bassin de la Sambre, Avesnois et Hainaut)
a une vocation industrielle et doit la garder. Sous prétexte qu'elle est une région jeune (environ 44 % de sa population à moins de 25 ans), cela constitue un atout important de développement, mais lequel ?
Le raisonnement de la Chambre de Commerce est assez contradictoire car elle définie elle-même trois secteurs géographiques distincts au cœur de sa territorialité:
Le tertiaire a sa part dans les activités économiques, même si quantitativement il est très important (environ 3 200 entreprises commerciales sont enregistrées), qualitativement son rayon d'action économique reste local, trop d'entreprise de service se sont fait un nom ne serait-ce qu'au niveau régional, que dire d'un point de vue national et mondial.
Les intentions sont certes louables, il vaut mieux faire quelque chose même si l'on se trompe comme dans la recherche d'entreprises capables de prendre le relais de celles qui ferment en construisant des locaux qu'elles n'utiliseront pas (Sculfort à Maubeuge), en octroyant des aides à des entreprises qui les utilisent on ne sait pas trop à quoi (Boccardo à Ferrière), en confiant les deux à la fois à des sociétés internationales qui se moquent des politiciens (Pontiac Coil à Feignies). L'obstination de s'en sortir doit-elle aveugler des personnels peu compétents mais qui croient l'être ?
Les mots "préférence nationale" ne sont certes pas acceptables quant il s'agit d'individus, mais d'un point de vue économique ils ont leur intérêt à l'image du Parti communiste français qui préconisait cette doctrine il y a quelques décennies. Bien sur il ne s'agit pas de passer d'un extrême à l'autre, mais tout de même lorsque l'on voit que certaines documentations de la Chambre de Commerce d'Avesnes destinées au public sont administrées, éditées par des sociétés parisiennes, publications dans lesquelles on trouve des discours ultra-régionaux, on peut se poser la question: "A qui profite ces actions ?"…
La formation des jeunes de cette région doit-elle encore passer par des enseignements professionnels révolus. En effet, on sait que les industries n'embauchent plus si ce n'est pour pallier au départ en retraite (et encore, ne sont-elles pas contentes de n'avoir à ne pas les remplacer, cela évite des licenciements toujours chers pour les trésorerie) quant elles ne ferment pas et l'on continue à enseigner et à former des soudeurs, des menuisiers métalliques, des fondeurs et autres. Et l'on forme des comptables à tour de bras: que vont-ils compter une fois leurs études finies ? Si ce n'est ce que les Assedic ne leur verseront pas.
Les élus locaux, les fonctionnaires économiques se tournent vers le tourisme, les loisirs et ces autres nouvelles profession liées à l'informatique. A t'on dans l'Avesnois des enseignements et des formations supérieures sérieuses en direction de ces spécialités ? Ne faut il pas aller à Valenciennes ou à Lille pour les y trouver. Mais ces étudiants, une fois leurs cursus universitaires terminés dans la Métropole, vers qui se tournent ils pour être employés, si ce n'est vers les entreprises installées dans la capitale régionale voire Paris ou Bruxelles. Pourquoi reviendraient-ils dans l'Avesnois alors que tout se décide à Lille, Paris, Londres ou Bruxelles ?
1 créateur d'entreprise sur deux s'implante sur la Métropole. En 1986, 1 créateur sur 4 avait choisi le Hainaut Cambrésis, plus de dix ans après, 1 sur 10 en fait encore autant. Des aventuriers ? Des inconscients ? Non des gens du cru qui ne peuvent faire autrement pour s'en sortir, souvent d'anciens salariés licenciés qui après des mois "de galère" préfèrent prendre des risques pour s'en sortir par eux-mêmes. Remarquez ! la Région Nord / Pas de Calais quatrième région par son PIB n'est que la septième en ce qui concerne la création d'entreprise.
Mais les créateurs du cru sont-ils aidés comme ils devraient l'être ? Lorsque l'on entend le Président d'une société comme Projenor lancée à l'initiative de la Caisse des Dépôts (société privée qui a comme actionnaires: des banques françaises, anglaises, belges; des sociétés de transport comme la SNCF ou Eurotunnel et des sociétés de développement régional) déclarer, il n'y a pas si longtemps que cela, à la question suivante: "…Comment envisagez-vous l'influence de Projénor sur la Région entière dans la mesure où vous n'aidez que le Pôle Métropole ? …" Réponse: "… Projenor est une entreprise. Elle s'appuie donc logiquement sur ce qui est à même de dégager de la rentabilité…" Pourquoi des sociétés publiques, des organismes d'Etat et de la Région adhérent-ils à ce discours d'un capitalisme généralement réservé aux grands groupes privés internationaux ?
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